Bienvenue dans cette nouvelle série consacrée à la littérature jeunesse!
ESCALE PARENT
Vous y découvrirez des albums coup de cœur, mais surtout des idées concrètes pour accompagner votre enfant dans ses apprentissages, aborder certains comportements et susciter de belles discussions en famille.
Drôle, imprévisible et particulièrement agréable à lire à voix haute, Qui a gobé Steeve ? offre bien plus qu’un bon moment de lecture. Derrière les bêtises de Marcel se cache une belle occasion de parler d’impulsivité avec les enfants et de les aider, petit à petit, à développer leur capacité à s’arrêter avant d’agir.
Un album où tout ne se passe pas comme prévu
Le narrateur avait pourtant un projet très simple : expliquer aux jeunes lecteurs la notion de taille. Pour sa démonstration, il fait appel à Marcel, un GRAND oiseau, et à Steeve, un tout PETIT ver de terre.
Simple, non?
Pas avec Marcel.
À peine Steeve est-il présenté qu’il disparaît. Où est-il passé? Marcel vient de le gober! Le narrateur s’indigne, exige qu’il le recrache et tente tant bien que mal de reprendre sa démonstration. Mais Marcel recommence. Encore. Et encore.
Le procédé est irrésistible parce que le narrateur s’adresse directement à Marcel, qui semble parfaitement l’entendre… sans pour autant collaborer. Plus Marcel fait dérailler la démonstration, plus le narrateur s’exaspère. Et plus il s’exaspère, plus les jeunes enfants risquent de rire.
L’album, écrit par Susannah Lloyd et illustré par Kate Hindley, est paru en français en 2025 aux éditions L’Élan vert. L’éditeur le présente d’ailleurs comme un album particulièrement adapté à la lecture à voix haute.
Et c’est effectivement là qu’il prend toute sa saveur.
Les mots grossissent, les caractères changent, les exclamations envahissent les pages. La typographie traduit littéralement l’indignation grandissante du narrateur. Impossible de lire certains passages d’une petite voix tranquille! Les illustrations de Kate Hindley ajoutent à l’effet comique avec les expressions faussement innocentes de Marcel.
Ajoutez à cela des retournements de situation et une fin franchement inattendue, et vous obtenez le genre d’album qu’on prend beaucoup de plaisir à raconter.
Avant de tourner la page : « Qu’est-ce que tu crois qu’il va faire? »
L’histoire se prête également très bien aux prédictions et aux inférences chez les tout-petits. Et ça tombe bien, sans même le savoir, vous aborderez la compétence du programme éducatif en lecture qui sera travaillée en classe.
Arrêtez-vous avant de tourner certaines pages : « Où crois-tu que Steeve est passé? », « Regarde Marcel. Qu’est-ce que tu penses qu’il vient de faire? », « À ton avis, va-t-il recommencer? »
Votre enfant comprendra rapidement le manège de l’oiseau en utilisant les illustrations, les expressions des personnages et ce qu’il sait déjà de Marcel pour comprendre ce qui n’est pas toujours dit explicitement.
Envie d’un autre album du même style ? Mon article Le loup a un secret : comment développer les inférences et parler des secrets vous présente un autre album savoureux et des façons de l’exploiter.

« On dirait mon enfant! »
Certains enfants risquent de se reconnaître assez rapidement dans Marcel.
Celui qui fait quelque chose avant d’avoir réfléchi aux conséquences. Celui à qui l’on vient tout juste de dire d’arrêter et qui recommence. Celui qui interrompt, attrape, touche, se précipite ou se laisse emporter par son enthousiasme même s’il connaît très bien la règle.
À son expression, Marcel semble pourtant très bien savoir ce qu’on attend de lui, mais ses envies prennent le dessus. Cela ressemble beaucoup à ce qui se produit parfois avec les jeunes enfants, non?
« Il ne veut pas se retenir » et « il n’arrive pas encore à se retenir » ne veulent pas toujours dire la même chose.
Rire de l’impulsivité sans rire de l’enfant
Dans Qui a gobé Steeve ?, on rit d’un comportement qui, dans la vraie vie, est souvent source de conflits :
« Arrête de prendre le jouet de ton frère. »
Deux minutes plus tard…
« Je viens de te demander de ne pas lui prendre! »
L’enfant sait ce qu’on attend de lui, mais recommence malgré la consigne tout comme Marcel qui éprouve joliment la patience du narrateur.
Les albums humoristiques ont le pouvoir sublime de créer une distance suffisamment grande pour que l’enfant puisse observer l’impulsivité et en rire, sans se sentir lui-même réprimandé. Il n’en fait pas moins des liens avec son propre comportement, d’autant plus que l’histoire ouvre la porte à une discussion qui peut être très enrichissante.
Quand le cerveau apprend encore à mettre les freins
Se retenir demande une habileté bien précise : l’inhibition. Grâce à elle, on peut freiner une réaction automatique : attendre son tour plutôt que d’interrompre, laisser le jouet sur la table plutôt que de l’attraper ou arrêter son geste lorsqu’on entend « stop ».
Entre 4 et 6 ans, l’enfant possède déjà une certaine capacité d’inhibition, mais celle-ci est encore en plein développement. Les fonctions exécutives telles que celle-ci progressent beaucoup durant les années préscolaires et continuent à se développer pendant l’enfance. Elles peuvent aussi être soutenues par la pratique et l’accompagnement de l’adulte.
Autrement dit, connaître une règle ne garantit pas encore que l’enfant réussira à freiner son geste chaque fois qu’il en aura besoin.
Et heureusement, ce fameux « frein » peut se pratiquer au quotidien.
7 pistes pour aider votre enfant à freiner une impulsion
| 1. Convenez ensemble d’un signal. Choisissez un mot très court — « Stop! », « Pause! » — ou même un petit geste. Vous pouvez aussi poser doucement une main sur son épaule et chercher son regard. L’objectif n’est pas de le réprimander, mais de créer un signal qu’il apprendra progressivement à associer à : j’arrête mon geste. |
| 2. Pratiquez dans les situations qui reviennent souvent. Votre enfant interrompt constamment les conversations pendant le repas? Arrache parfois le jouet de sa sœur? Court devant vous dès que vous arrivez dans un stationnement? Choisissez une situation précise et pratiquez votre signal dans celle-ci plutôt que d’essayer de tout travailler en même temps. |
| 3. Enseignez ce qui vient après « stop ». S’arrêter, c’est bien. Encore faut-il savoir quoi faire ensuite. On peut enseigner une petite séquence très simple : STOP→J’arrête mon corps (no.4) →Je regarde → Je choisis ce que je fais. |
| 4. Aidez le corps à s’arrêter. Une grande respiration, les mains posées sur les cuisses ou compter lentement jusqu’à trois peuvent créer quelques secondes entre l’envie et l’action. Pour un jeune enfant, ces quelques secondes représentent déjà beaucoup. |
| 5. Anticipez les situations difficiles. Avant d’entrer chez des amis : « Il va y avoir plein de jouets intéressants. Si tu veux quelque chose qu’un autre enfant utilise, qu’est-ce que tu peux faire? » Réfléchir à une stratégie avant d’être emporté par l’excitation est beaucoup plus facile qu’au cœur de l’action. |
| 6. Modifiez parfois l’environnement. Développer l’autocontrôle ne signifie pas placer constamment l’enfant devant une tentation et attendre qu’il résiste. Éloigner un objet particulièrement attirant, réduire certaines distractions ou rester physiquement plus près de lui peut lui fournir le soutien dont il a encore besoin. |
| 7. Revenez brièvement sur ce qui s’est passé. Une fois le calme revenu, inutile d’en faire une conférence digne du narrateur de Marcel! Essayez plutôt : « Tu avais vraiment envie de prendre son jouet et ton corps est parti très vite. À quel moment notre STOP aurait pu t’aider? » Puis cherchez ensemble ce qu’il pourrait essayer la prochaine fois. |
Les jeux constituent également une excellente façon de pratiquer l’inhibition sans même parler de comportement : Jean dit, 1-2-3 soleil, la statue musicale ou les jeux dans lesquels il faut attendre un signal pour agir permettent tous de s’exercer à démarrer… puis à s’arrêter.
Et si on reparlait de Marcel?
Après avoir beaucoup ri, revenez simplement à votre drôle d’oiseau.
« Pourquoi crois-tu que Marcel recommence même si le narrateur lui demande d’arrêter? »
« Penses-tu qu’il réfléchit avant de gober Steeve? »
« Qu’est-ce qui pourrait l’aider à s’arrêter? »
Et, si la conversation s’y prête :
« Est-ce que ça t’arrive parfois, toi aussi, de faire quelque chose tellement vite que tu n’as pas le temps d’y penser? »
Laissez toutefois à votre enfant la possibilité de rester dans l’univers de Marcel. Il n’est pas nécessaire de terminer chaque album par une leçon sur sa propre conduite. Parfois, réfléchir aux problèmes d’un personnage suffit déjà à semer une petite graine.
Alors, vous avez peu de temps et avez envie de rire un peu après une dure journée ? Avec Qui a gobé Steeve ? vous passerez assurément un agréable moment en compagnie de Marcel qu’on ne peut s’empêcher d’aimer.
Et vous, connaissez-vous d’autres albums rigolos où les personnages n’en font qu’à leur tête? Ou des histoires dont la fin vous a complètement surpris? Partagez vos coups de cœur dans les commentaires.

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Informations complètes
Titre : Qui a gobé Steeve ?
Titre original : Who Ate Steve?
Auteure : Susannah Lloyd
Illustratrice : Kate Hindley
Traductrice : Chloé Laborde
Éditeur : L’Élan vert
Collection : Les Histoires
Date de parution (édition française) : 11 avril 2025
Nombre de pages : 40 pages
Âge recommandé : 3 à 6 ans
Thèmes : humour, impulsivité, inhibition, taille, prédictions et inférences, lecture à voix haute.
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