Comment développer l’empathie chez l’enfant grâce aux albums jeunesse
Nous souhaitons tous que notre enfant apprenne à tenir compte des autres, à comprendre l’impact de ses gestes et à créer des relations harmonieuses. Les albums jeunesse offrent un merveilleux moyen de développer son empathie en l’aidant à reconnaître les émotions, à découvrir différents points de vue et à imaginer des réponses bienveillantes.
Qu’est-ce que l’empathie chez l’enfant?
L’empathie est la capacité de reconnaître ce qu’une autre personne ressent, de comprendre son point de vue et d’y être sensible.
Elle ne se résume donc pas à être gentil ou à consoler quelqu’un qui pleure. Pour faire preuve d’empathie, l’enfant apprend progressivement à :
- observer les signes qui révèlent une émotion;
- mettre des mots précis sur ce que l’autre peut ressentir;
- comprendre ce qui a provoqué cette émotion;
- reconnaître que l’autre ne pense pas nécessairement comme lui;
- choisir une réponse qui tient compte de ses besoins.
Il peut, par exemple, comprendre qu’un ami est déçu même si, à sa place, il ne ressentirait pas la même chose. Il peut aussi découvrir qu’une personne triste ne souhaite pas nécessairement recevoir un câlin : elle peut préférer parler, être aidée ou rester seule quelques instants.
L’empathie ne consiste pas à deviner exactement ce que ressent l’autre, mais à s’intéresser suffisamment à lui pour tenter de le comprendre.
À 5 ans, un enfant peut-il se mettre à la place des autres?
L’empathie se développe peu à peu, au rythme du développement affectif, social et langagier de l’enfant.
Entre 3 et 5 ans, l’enfant comprend de mieux en mieux lorsqu’une personne a de la peine et peut parfois la réconforter spontanément. Toutefois, il lui est encore difficile de considérer le point de vue de l’autre lorsqu’il est lui-même envahi par la colère, la jalousie ou la frustration.
Entre 5 et 8 ans, il devient davantage capable de comprendre que ses émotions, ses croyances et ses désirs peuvent être différents de ceux d’un autre enfant. Cette capacité, liée notamment à la théorie de l’esprit, lui permet d’envisager plusieurs interprétations d’une même situation.
Un enfant peut donc se montrer très sensible dans un contexte et sembler manquer complètement d’empathie dans un autre. Cela ne signifie pas qu’il est égoïste ou insensible. Lorsqu’une émotion prend toute la place, il lui reste momentanément peu d’espace pour réfléchir à l’impact de ses gestes.
Son autorégulation est encore en développement. Le rôle de l’adulte n’est pas de lui reprocher son manque d’empathie, mais de l’aider à ralentir et à regarder la situation sous un autre angle.
Pourquoi les albums jeunesse développent-ils l’empathie?
Dans une histoire, l’enfant peut observer un conflit, une injustice, une déception ou un malentendu sans en subir lui-même les conséquences. Cette petite distance l’aide à réfléchir plus calmement.
Les illustrations lui fournissent également de nombreux indices qu’il pourra ensuite transférer dans la vie réelle : une expression faciale, un regard détourné, une posture repliée…. Lors d’une lecture interactive, le parent peut attirer son attention sur les gestes, le langage corporel et même jouer avec le ton de voix des personnages.
Les histoires lui font aussi rencontrer des personnages dont les pensées, les intentions et les expériences diffèrent des siennes. Cette lecture dialoguée, c’est-à-dire la conversation entre le parent et l’enfant durant la lecture – soutient le vocabulaire émotionnel, les habiletés sociales et la résolution de conflits.
Un album peut devenir un vrai laboratoire d’empathie lorsque le parent aide l’enfant à observer, nommer, comprendre un point de vue et imaginer une réponse !
Développer l’empathie en quatre temps
Que ce soit dans la vie réelle ou dans un album jeunesse, ces quatre étapes simples vous aideront à développer l’empathie chez votre enfant.
Pour les mettre en pratique pendant la lecture sans interrompre constamment le récit, j’aime bien recommander de parcourir l’histoire au préalable. Vous pourrez repérer les illustrations les plus riches, choisir vos questions et prévoir quelques arrêts pertinents, tout en préservant le rythme et la compréhension de l’histoire.
Un joli visuel à télécharger gratuitement vous attend un peu plus bas pour vous remémorer les 4 étapes.
1. Observer les indices
Avant de demander comment se sent le personnage, invitez votre enfant à regarder attentivement l’illustration.
- Que remarques-tu dans son visage?
- Comment tient-il son corps?
- Où regarde-t-il?
- Quel détail te fait penser qu’il ne va pas bien?
L’enfant apprend ainsi à appuyer son interprétation sur des indices visuels plutôt qu’à choisir une émotion au hasard. Il développe peu à peu sa capacité à reconnaître les expressions faciales, le langage corporel et les réactions des autres.
2. Nommer l’émotion avec précision
Les jeunes enfants utilisent souvent les mêmes mots pour parler des émotions : content, triste ou fâché. Pourtant, un personnage peut être déçu, jaloux, inquiet, frustré, soulagé, fier, gêné ou embarrassé. Et pour les découvrir quoi de mieux que d’explorer le monde émotionnel à travers les livres alors que l’enfant n’est pas touché personnellement?
Pour soutenir cet apprentissage, l’outil à télécharger comprend deux arbres des émotions. Ils aideront votre enfant à enrichir son vocabulaire émotionnel et à nommer plus précisément ce que ressentent les personnages. Au quotidien, il pourra aussi s’y référer pour reconnaître et exprimer ses propres émotions.
On peut ensuite approfondir la réflexion :
- Le personnage ressent-il une seule émotion?
- Pourrait-il être à la fois content et inquiet?
- Son émotion a-t-elle changé depuis le début?
3. Comprendre son point de vue
Reconnaître et nommer une émotion n’est qu’une première étape. Pour développer l’empathie chez l’enfant, il faut aussi l’aider à comprendre ce qui se cache derrière cette émotion et à regarder la situation avec les yeux du personnage.
- Pourquoi se sent-il ainsi?
- Que voulait-il? – Et dans la vie, proposer de questionner l’autre pour vérifier.
- De quoi aurait-il besoin?
- Que sait-il de la situation?
- Est-ce que l’autre personnage voit les choses de la même façon?
- Est-ce que chacun pourrait avoir une part de raison?
L’enfant découvre ainsi qu’un comportement désagréable peut cacher un besoin d’attention, une peur, une déception ou un sentiment d’injustice. Il comprend également que deux personnes peuvent vivre le même événement de façons très différentes. Comprendre le point de vue de l’autre ne signifie toutefois pas devoir tout accepter ni oublier ses propres besoins.
4. Imaginer une réponse empathique
Une fois l’émotion, le besoin et le point de vue mieux compris, demandez à votre enfant ce qui pourrait aider le personnage.
- Que pourrait-on lui dire?
- Aimerait-il recevoir de l’aide? Être écouté?
- Faudrait-il lui laisser un peu d’espace?
- Comment pourrait-on réparer la situation?
L’enfant découvre que l’empathie peut conduire à écouter, valider une émotion, consoler, aider, s’excuser, respecter une limite ou chercher une solution ensemble. Il apprend aussi qu’une réponse empathique dépend de la personne et de la situation : aider ne signifie pas toujours intervenir immédiatement.
Un outil visuel pour développer l’empathie au quotidien
Afin de pouvoir vous référer facilement aux étapes et mieux identifier les émotions ressenties au quotidien, vous pouvez imprimer le PDF et le conserver dans un endroit visible. Avec le temps, votre enfant pourra s’appuyer de plus en plus spontanément sur ces quatre étapes pour observer les autres, comprendre leur point de vue et choisir une réponse empathique.



Deux albums pour travailler l’empathie
Bien que certaines histoires soient plus riches que d’autres, précisons que la plupart des albums jeunesse peuvent se prêter au jeu et susciter de belles discussions sur les émotions et le point de vue de l’autre qui façonnent l’empathie.
Mais en voici deux que j’affectionne particulièrement.
Charabia sort de l’ombre : voir le besoin derrière la jalousie
Dans Charabia sort de l’ombre, de Sabrina Denault, Charabia en a assez de vivre dans l’ombre de Roméo, un adorable chat blanc à trois pattes. Lui aussi aimerait recevoir des compliments et attirer les regards.
Charabia peut sembler boudeur, jaloux et désagréable. Pourtant, derrière son comportement se trouve surtout un personnage qui souhaite être remarqué et apprécié.
- Charabia déteste-t-il vraiment Roméo?
- Comment se sent-il lorsque tout le monde admire son ami?
- Peut-on aimer quelqu’un et être jaloux de lui?
- Que pourrait-il dire pour exprimer son besoin sans s’en prendre à Roméo?
La grande force de l’album : l’empathie ne consiste pas seulement à consoler quelqu’un qui pleure. Elle consiste aussi à voir le besoin caché derrière un comportement qui nous dérange.
vous aimez Charabia?
Retrouvez-le dans Charabia boude le plein air, présenté dans l’article Comment aider son enfant à sortir de sa zone de confort sans le brusquer?.

Ours veut dormir : comprendre avant d’accuser
Dans Ours veut dormir, d’Emily Gravett, Ours est confortablement installé lorsqu’un « cui-cui » l’empêche de trouver le sommeil. Agacé, il cherche le coupable et accuse notamment une petite souris.
L’histoire permet d’aborder l’irritation, les suppositions et les accusations trop rapides.
- Comment Ours se sent-il lorsqu’il ne peut pas dormir?
- La fatigue peut-elle le rendre moins patient?
- Possède-t-il assez d’indices pour accuser la souris?
- Comment la souris peut-elle se sentir?
- Que pourrait faire Ours s’il découvre qu’il s’est trompé?
La grande force de l’album : comprendre l’autre ne signifie pas que notre propre besoin disparaît. Ours a réellement besoin de dormir, mais il doit aussi considérer le point de vue de celui qu’il accuse. Être empathique ne signifie donc pas tout accepter ni renoncer à ses limites.
Découvrez l’univers d’Emily Gravett
Vous aimez son humour et ses personnages imparfaits? Découvrez son parcours créatif ainsi que six de ses albums dans l’article Emily Gravett, une autrice jeunesse qui inspire à se lancer et à croire en soi.
Trois activités d’empathie pour les enfants
Comme le jeu est toujours gagnant pour développer des compétences, en voici quelques-uns qui pourront compléter vos heures du conte. J’aime particulièrement le deuxième que je faisais en classe. C’est une technique d’impact, inspirée des livres de Danie Beaulieu, que je vous invite fortement à découvrir si le sujet pique votre curiosité.
Le détective des émotions
Choisissez une illustration. L’enfant nomme l’émotion du personnage et trouve trois indices : son expression faciale, sa posture et ce qui vient de se produire.
Une pomme, deux points de vue
Placez entre deux enfants une pomme rouge d’un côté et verte de l’autre, puis demandez-leur de la dessiner sans se déplacer. En comparant leurs dessins, ils constateront qu’ils sont différents. Pourtant, les deux ont raison : ils observent le même objet selon des perspectives différentes. Il ne vous reste qu’à faire le parallèle avec la vie.
Une scène, deux personnages
Divisez une feuille en deux. D’un côté, notez ce que pense et ressent le premier personnage; de l’autre, faites la même chose pour le second.
Et si mon enfant n’est pas encore capable?
Comprendre les émotions d’un personnage dans le calme d’une lecture est une chose. Tenir compte de l’autre au cœur d’un conflit en est une autre. Même pour un adulte! Lorsqu’un enfant est envahi par une émotion ou agit impulsivement, il ne parvient pas toujours à utiliser ce qu’il a appris. Cela ne signifie pas qu’il manque d’empathie : le transfert vers la vie quotidienne demande du temps.
Persévérez pendant les lectures. Questionnez et réfléchissez ensemble :
« Je remarque qu’il regarde le sol et s’éloigne des autres. Je me demande s’il est gêné ou déçu. Qu’en penses-tu? »
Dans le quotidien, reprenez la démarche une fois le calme revenu : « Comment crois-tu qu’il s’est senti? » ou « Que pourrais-tu faire maintenant? »
Chaque enfant avance à son rythme. L’essentiel est de continuer à développer son empathie à travers les histoires, les conversations et les situations de la vie quotidienne.
