Enfants de 5 à 6 ans dans un carré de sable : une fillette partage sa pelle avec un garçon pour aller vers les autres et se faire des amis.
Développement de l'enfant Livres jeunesse

Comment aider mon enfant à se faire des amis… autrement?

Bienvenue dans cette nouvelle série consacrée à la littérature jeunesse!
Vous y découvrirez des albums coup de cœur, mais surtout des idées concrètes pour accompagner votre enfant dans ses apprentissages, aborder certains comportements et susciter de belles discussions en famille.

ESCALE PARENT

Et si rendre service devenait une nouvelle façon d’aider votre enfant à aller vers les autres et à se faire des amis? La grenouille qui rêvait les yeux ouverts, de Chloé Varin et Laia Roca Trullol, pourrait bien vous inspirer en ce sens.

Avec sa petite grenouille grouillante, curieuse et toujours prête à donner un coup de main, cette histoire offre une belle occasion de parler d’entraide, d’amitié et de cette énergie que l’on peut choisir de mettre à profit pour aider les autres.

Se faire de nouveaux amis n’est pas toujours facile

Pour certains enfants volubiles et dynamiques, entrer en contact avec les autres semble presque naturel. Pour d’autres, il faut beaucoup plus de courage pour faire les premiers pas. Une rentrée scolaire, un changement de groupe, un déménagement, un nouveau service de garde, un camp de jour ou l’inscription à une nouvelle activité peuvent soudainement placer l’enfant devant un groupe où il ne connaît personne et générer une panoplie d’émotions difficiles à gérer.

Certains enfants dépassent leur gêne en s’intégrant à une activité dans laquelle ils se sentent compétents. Un jeu de ballon, une construction à plusieurs, un jeu de rôle ou toute autre activité partagée crée spontanément des occasions d’entrer en contact. Mais pour celui qui est plus timide ou qui partage moins facilement les intérêts des autres, trouver l’occasion qui lui permettra de créer des liens n’est pas toujours aussi évident.

Aider son enfant à se faire des amis en créant des occasions

Avec de jeunes enfants timides, les parents peuvent s’impliquer en créant des occasions propices aux rencontres. Il peut s’agir de les inscrire à une activité de groupe qui correspond réellement à leurs intérêts ou, plus simplement, de fréquenter régulièrement un parc où jouent d’autres familles.

Se retrouver devant deux ou trois enfants est souvent moins intimidant que d’essayer de trouver sa place dans un grand groupe. Un jeu commence, on découvre qu’on aime les mêmes choses et les premiers contacts se font parfois naturellement.

Lorsque les parents commencent eux aussi à sympathiser, les invitations aux fêtes deviennent plus faciles, tout comme la possibilité d’organiser une petite activité à la maison ou une sortie. Que ces nouveaux amis fréquentent ou non le même groupe à l’école importe finalement assez peu. Ces expériences positives permettent tranquillement à l’enfant de prendre confiance et, éventuellement, de tenter sa chance de façon plus autonome lorsque ses parents ne sont pas là.

Se faire des amis, c’est aussi apprendre à essuyer un refus

Pour aider votre enfant à aller vers les autres, vous tenterez peut-être quelques jeux de rôle à la maison pour l’aider à s’approprier quelques phrases clés qui l’aideront à gagner en assurance.

Vous l’encouragerez probablement aussi à saluer les autres, à s’intéresser à leurs jeux, à s’asseoir auprès d’eux ou à leur demander s’il peut se joindre à eux. Peut-être préparerez-vous même quelques petits cartons avec votre numéro de téléphone afin qu’il puisse inviter un camarade à une activité à l’extérieur de l’école ou de la garderie.

Mais que se passera-t-il si l’autre enfant n’est pas intéressé? S’il préfère jouer avec quelqu’un d’autre? Si un camarade invité ne peut pas venir à son activité?

On encourage parfois fortement les jeunes enfants à inclure systématiquement tous ceux qui souhaitent participer. Selon mon expérience en milieu scolaire, cette approche a toutefois ses limites. Tôt ou tard, sur une aire de jeux ou ailleurs, l’enfant fera face à un refus. Alors, pourquoi ne pas aussi l’y préparer?

Se faire des amis, c’est aussi apprendre peu à peu à écouter l’autre et à faire des compromis, deux habiletés essentielles pour que les nouvelles amitiés puissent durer. Abordez-les naturellement avec l’histoire présentée dans l’article

Votre enfant parle sans arrêt? Une histoire touchante pour apprendre à écouter et à faire des compromis

Enfant qui parle avec enthousiasme devant l'album jeunesse Chevalier Chouette et Petite Oiselle, une histoire sur l'écoute, les compromis et le respect des autres.

Apprendre à vivre avec le rejet sans perdre confiance

Un refus peut faire mal, particulièrement lorsqu’un enfant a dû rassembler tout son courage avant d’aller vers quelqu’un. L’objectif n’est pas de lui expliquer qu’il ne devrait pas être triste, mais d’accueillir ce qu’il ressent sans chercher à banaliser, ni à raisonner «Tu aurais vraiment aimé jouer avec lui et tu es déçu. Je comprends.»

Lorsque l’émotion est passée, on peut l’aider à remettre ce refus en perspective. Un enfant qui ne souhaite pas jouer avec lui aujourd’hui ne porte pas un jugement sur tout ce qu’il est. Demain, il aura peut-être envie de jouer avec lui. Et si ce n’est jamais le cas, d’autres enfants seront sans doute beaucoup plus heureux de partager du temps avec lui.

Dernièrement, devant ma propre peur du rejet dans un contexte professionnel, une personne avisée m’a partagé une phrase qui a beaucoup résonné pour moi : « Merci de me rejeter. Ainsi, tu m’évites de perdre mon temps! »

Intéressante perspective, n’est-ce pas? Pourquoi ne pas transmettre doucement cet état d’esprit à votre enfant? Il ne veut pas jouer avec toi? Ce n’était peut-être simplement pas le bon ami pour toi.

Un autre album à découvrir : «Je n’ai pas été invité», de Simon Boulerice, permet justement d’aborder avec les enfants le sentiment d’être mis à l’écart et le désir de trouver sa place.

Une autre façon de se faire des amis : rendre service

Dire bonjour, poser des questions, demander à jouer, chercher des intérêts communs, participer à des activités… Toutes ces stratégies peuvent aider un enfant à entrer en contact avec les autres.

Mais La grenouille qui rêvait les yeux ouverts nous en suggère une dont on parle beaucoup moins : rendre service.

La petite grenouille est grouillante de vie. Curieuse et énergique, elle trouve toujours quelque chose à faire, mais elle met aussi cette belle énergie au service des autres. Elle aide le castor à reconstruire son barrage, berce les petits têtards lorsque leurs parents rentrent tard et donne un coup de main à la taupe.

Elle ne rend pas service pour se faire aimer. Elle le fait avec bonheur et crée naturellement des liens avec ceux qui l’entourent.

L’entraide : une porte d’entrée accessible à tous

Pour un enfant timide qui tolère difficilement les refus, arriver devant un groupe et demander « Est-ce que je peux jouer avec vous? » peut demander énormément de courage. Trouver une occasion d’aider quelqu’un peut permettre d’établir un premier contact plus naturellement.

Proposer d’aider à ranger, à chercher un jouet, à bricoler, à attacher des lacets sont des gestes simples qui peuvent briser la glace. Ils ne feront évidemment pas naître une amitié chaque fois, mais ils créent des occasions d’échanger et qui sait, ce sourire mènera peut-être une deuxième interaction le lendemain.

Pour un enfant particulièrement énergique, c’est aussi une belle façon de canaliser son énergie. Plutôt que de toujours lui demander de ralentir, on peut parfois lui demander : « Qu’est-ce que tu pourrais faire avec toute cette énergie pour aider quelqu’un aujourd’hui? »

Aider les autres pour prendre confiance en soi

En rendant service, l’enfant découvre également qu’il a quelque chose à apporter aux autres et qu’il les rend heureux. Pour celui qui est timide ou qui manque de confiance, cette prise de conscience peut être précieuse.

Il réalise qu’il est capable d’encourager, de trouver une solution ou simplement de rendre la journée de quelqu’un un peu plus agréable. Il n’attend plus uniquement que les autres viennent vers lui : il découvre qu’il peut lui aussi provoquer de petites occasions de créer des liens.

Et en prenant l’habitude de regarder autour de lui, il apprend peu à peu à remarquer les besoins et les émotions des autres. L’entraide devient ainsi, tout naturellement, un exercice d’empathie.

Les défis de la grenouille

Après la lecture de l’album, pourquoi ne pas inviter votre enfant à devenir, lui aussi, une petite grenouille prête à semer quelques gestes positifs autour d’elle?

Imprimez les Défis de la grenouille, découpez les cartes et déposez-les dans un petit pot. Avant de partir pour l’école, le service de garde ou une activité, pigez une petite mission.

Évidemment, on ne met aucune pression sur la réussite du défi. Au final, votre enfant reviendra peut-être tout sourire à la maison vous apprenant qu’il s’est fait un ami sans même avoir besoin de lui rendre service! L’objectif est simplement de le sécuriser en lui donner un outil qui peut l’aider à briser la glace.

Et le soir venu, il sera plaisant de discuter avec lui des occasions qui se sont présentées.

On récolte ce que l’on sème

Après avoir semé tant de petits gestes de gentillesse autour d’elle, la grenouille découvre qu’elle peut elle aussi compter sur ses amis. Parce qu’en amitié comme ailleurs, on récolte souvent ce que l’on sème.

 

Titre : La grenouille qui rêve les yeux ouverts
Auteure : Chloé Varin
Illustratrice : Laia Roca Trullols
Éditeur : Éditions Michel Quintin
Collection : Les habitants du marais
Date de parution : 21 mars 2024
Nombre de pages : 32 pages
Âge recommandé : À partir de 3 ans
Thèmes : amitié, entraide, ouverture aux autres, différence, sommeil, vie dans le marais.

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